Réflexions sur le néo-malthusianisme moderne…

…ou la démographique contrôlée, aussi appelé néo-malthusianisme écologique.

Ce terme, à ne pas confondre avec le malthusianisme, fait souvent très peur, y compris aux écologistes convaincus. Pourtant, le but du néo-malthusianisme moderne n’est pas contrôler pour contrôler, mais de contrôler pour mieux vivre et surtout assurer une pérennité à la civilisation en associant qualité de vie, respect de l’environnement et préservation des ressources naturelles.

Quelques remarques qu’il est extrêmement important de faire : le néo-malthusianisme n’a rien à voir avec l’eugénisme (qui consiste à vouloir améliorer l’espèce humaine, et a souvent des évocations nazis. L’eugénisme est couramment pratiquée en agriculture : sélection des races et OGM). Ensuite la culture religieuse et notamment chrétienne dont on hérite de par notre histoire nous empêche de considérer le contrôle de la natalité (ultra choquant pour beaucoup de personnes) comme un compromis acceptable. On est une civilisation qui préfère la souffrance à la mort. D’autre part la terre ne peut subvenir aux besoins qu’à un nombre limité de personnes, c’est purement mathématique. Enfin dernier point, beaucoup voit dans le néo-malthusianisme, un mouvement anti-progrès. Il n’en n’ai évidemment rien, la civilisation continuera à évoluer, elle le fera simplement un peu moins vite.

Le rejet du néo-malthusianisme est avant à voir du coté des économistes et des politiques. Notre société actuelle est entièrement fondée sur la croissance, l’hyper-consommation et la mondialisation. L’un des piliers de ce modèle économique est la démographie (le système de retraite, par exemple, qui s’effondre en cas de stagnation de la population). Entamer une décroissance démographique pour atteindre un point d’équilibre induirait soit une décroissance économique, soit purement et simplement un changement de modèle économique. Les premiers perdants de ce changement seraient les grandes multinationales, les places boursières, … toute la haute sphère de la société. C’est sans doute pour cette principale raison que ce sujet n’est jamais abordé, ni dans les médias, ni en politique.

La croissance démographique induit une urbanisation accrue de laquelle découle des déboisements massifs (avec rejet de CO2), des terres cultivables moindres (obligeant à une agriculture intensive et destructrice pour l’homme et l’environnement) et un pillage des ressources naturelles. La pression sur l’environnement devient déjà intenable : urbanisation outrancière, tensions entre peuples, … Il n’y a pas besoin d’aller bien loin de se rendre compte des effets de la pression démographique : en France, le bétonnage et l’urbanisation vont bon train et, il est à craindre que bon nombre d’enfants actuels n’auront pour seul logement qu’un petit appartement. Exit la maison avec jardin : les surfaces constructibles seront insuffisantes (elles le sont déjà d’ailleurs), exit les grandes prairies et les forêts, seuls subsisteront quelques parcs régionaux, la nature sous cloche en quelques sortes.

La crise alimentaire actuelle est en partie due à un accroissement démographique incontrôlé avec des phénomènes extrême de pauvreté. Car pour produire à des prix raisonnables de grandes quantités de nourriture (culture d’OGM, de palmier, de soja,…), les pays occidentaux s’accaparent les terres des pays du sud, virant sans ménagement les paysans (Argentine, Indonésie). Ces derniers vont, soit s’entasser dans des bidonvilles (devenant ainsi entièrement dépendant de l’aide alimentaire), soit vont déboiser de nouvelles terres pour nourrir leurs familles, poursuivant le cycle destructeur, soit émigrer. C’est ce qui se passe actuellement avec certaines régions d’Afrique (le Darfour, par exemple) et cela peut vite devenir ingérable. Un afflux important d’immigrés dans une zone ou la densité de population est déjà trop importante peut vite tourner au cauchemar (le cas de l’Afrique du Sud est typique).

La mise en place d’une politique anti-nataliste est souvent vouée à l’échec (Inde et chine en sont de parfaits exemples), il est donc plus à craindre que le seuil de tolérance de la planète soit rapidement atteint (il l’est déjà dans une certaine mesure) et que l’on assistera à un effondrement démographique violent (famine, guerres et épidémies en seraient les principales causes).

Le calcul du nombre d’habitant acceptable sur la planète dépend de la qualité de vie souhaitée (30 milliards pour une vie de paysan du Bangladesh, 900 millions pour un Australien, 1,7 milliard pour un français moyen), mais aussi du respect de l’environnement, des ressources naturelles, de l’espérance de vie, … La répartition de la population (hors zones à risques) doit se calculer pour une autonomie quasi totale en eau, alimentation et énergie. Arrêtons de croire que la science et la technique résoudrons tous nos problèmes. Actuellement, elles aggravent plus souvent les situations qu’elles ne résolvent de problèmes, car les solutions sont avant tout pensées pour faire de l’argent et non pour faire évoluer la société.

Lorsque l’Homme n’intervient pas, la nature régule d’elle même la démographie des animaux. Elle le fait aussi parfois pour l’homme, de manière très violente. L’homme a toujours combattu cette régulation, pour son bien-être (médecine, hygiène, travail mécanisé moins éprouvant, …), c’est une évolution logique, mais il faut en accepter la contre-partie : une diminution de la natalité.

Le contrôle de la démographie est reprise dans le modèle de société Ecotopia. Voici quelques avantages d’une démographique contrôlée :

  • La limitation de l’impact des catastrophes naturelles en évacuant les zones à trop hauts risques (zones sismiques, soumises à de fréquents cyclones, aux inondations, …)
  • Des ressources naturelles abondantes et beaucoup moins limitatives (eau par exemple)
  • Préservation des forêts et de la biodiversité
  • La limitation des migrations massives et des conflits qu’elles entraînent

Le contrôle de la démographie est un devoir pour les générations futures.

10 commentaires jusqu'à maintenant

  1. Bertand on

    Monsieur,

    Je me permet de demander votre aide afin de faire connaitre le PF2D :

    Le Parti Français pour la Décroissance Démographique

    Bien cordialement.

    Bertand

  2. Charlotte Ricart-Dépret on

    (Je lis : « Le néo-malthusianisme moderne »)

    Bonjour,

    Est-ce que cette appellation est employée ailleurs que dans vos écrits ? Sinon, l’employez-vous pour bien la distinguer du néo-malthusianisme qui a pris place chez les libertaires du XIXème ?

    Merci de m’apporter vos lumières…

  3. Bob on

    Ma réflexion s’inscrit avant tout dans une mouvance écologiste, j’ai ajouté moderne, et écologique en début d’article, pour bien faire la distinction avec les autres courants néo-malthusiens (libertaire et même féministe). Il ne s’agit plus ici de savoir si l’on a le droit ou non d’avoir des enfants, mais de construire le monde dans lequel vivront les générations futures, mais aussi de casser l’égoïsme ambiant qui consiste à faire passer son désir d’enfant avant l’avenir de la planète et donc de celui de ses propres enfants.

  4. Charlotte Ricart-Dépret on

    Merci pour vos éclaircissements. Si j’ai bien suivi, vous vous sentez plutôt proche du VHEMT par exemple ? A vrai dire, j’ignore de quelle manière les libertaires contemporains perçoivent ce sujet dans leur ensemble (si tant est il est loin d’être aisé de les définir)…

  5. Bob on

    Non, je ne suis pas proche du VHEMT. Je pense que l’Homme a sa place sur cette Terre, comme tous les autres êtres vivants. Dans les régions ou l’Homme n’est pas intervenus, les systèmes naturelles régulent les populations pour trouver un équilibre. Cet équilibre a été rompu par les avancées médicales, entre autres, c’est une bonne chose d’ailleurs, je ne les conteste pas, mais il faut en assumer la contrepartie : un contrôle plus stricte de la natalité pour parvenir à cet équilibre. (le modèle économique de la croissance infinie est aussi clairement en cause).
    Moi j’appelle cela la supportabilité d’un territoire (qui dépend de la qualité de vie souhaité, des terres arables disponibles, du respect strict de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables disponibles).
    Mon discours est relativement humaniste, car sans ce retour à l’équilibre, les générations futures risquent de payer très cher (en vies humaines) nos erreurs.

  6. DELAVAL on

    La quasi totalité des scientifiques de la planète pensent que celle ci a dépassé ses propres possibilités de régénération vers l’an 2000.Depuis nous sommes entrés dans la phase de destructions irréversibles que seul un abaissement de la population mondiale pourrait peut être freiner. Le seuil de 5 milliards serait semble-t-il le chiffre idéal. 9 milliards en 2050 n’est même pas envisageable.Les besoins d’une population toujours plus nombreuse(eau,nourriture,énergie, matières premières, occupation des sols)avec une raréfaction qui est déjà d’actualité, va provoquer un conflit mondial pour contrôler ce qui restera. C’est mathématique; il suffit de trouver, sur un graphique, le point de rencontre de ces deux courbes fatales pour savoir quand.

    • Bob on

      #DELAVAL
      Cela peut-être un conflit mondial couplé à des famines et des épidémies.
      Par contre le chiffre de 5 milliards me semble bien élevé. De tous les recoupements que j’ai pu faire, j’arrive à un niveau bien inférieur (environs 1,5 milliards, quasiment au niveau d’avant la révolution industrielle).
      Pour exemple, Optimum Population Trust calcul qu’avec 6,2 milliards d’habitants (en respectant l’environnement et en ayant un niveau de vie de type européen) il faut 2,8 planète. On descend donc déjà à 2,2 milliards.
      Mais il faut, je pense, ajouter 3 paramètres importants à leur mode de calcul : une marge de manoeuvre, la prise en compte des territoires qui vont devenir inhabitables (zones côtières submergées, avancée des déserts, …) et l’espace nécessaire à « la nature » pour dépolluer et réparer nos « conneries ».

  7. Christophe Cirrus on

    La question essentielle est est-ce que l’humanité dont l’intelligence est avant tout une intelligence individuelle (et non collective) sera capable de réagir à temps. Je pense que l’on va attendre que les catastrophes arrivent (beaucoup trop d’égocentrisme de chaque personne, famille, clan, pays): s’il est encore tant de réagir on a une chance mais la Terre ne nous laissera pas cette chance.
    Nous ne le méritons pas vraiment.
    Ce sera intéressant d’observer l’effondrement de notre civilisation Humaine.

  8. Jean-Noël on

    Bonjour,

    Avez-vous des références bibliographiques à nous conseiller sur ce thème passionnant ?

  9. Bob on

    Bonjour Jean-Noël,

    La plupart de mes sources de réflexions proviennent du net et de réflexions sur le long terme. Néanmoins je peux vous citer les livres de Michel Tarrier ainsi que, dans une moindre mesure, le Plan B de Lester Brown (qui prône la stabilisation de la démographie).

    Mais aussi, toutes les personnes dont la pensée s’approche ou tourne autour de l’Ecologie Profonde (rubrique Influences : Dumont, Arne Naess, …), dont l’une des bases est la décroissance démographique (4ème postulat : L’épanouissement de la vie et des cultures humaines n’est compatible qu’avec une décroissance substantielle de la population humaine. Le développement des formes de vie non-humaines requiert une telle diminution.).

    Concernant internet, le site de l’Optimum Population Trust donne des détails chiffrés (c’est un peu abscons et en anglais, mais très instructif).


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